Comment lever les freins à l'apprentissage ? Chefs d'entreprise, enseignants, parlementaires autour de la table pour un débat sans tabou à Avesnes-sur-Helpe

Delphine Hernu
12 avril 2018
Par Delphine Hernu

La Ministre du travail, Muriel Pénicaud a présenté vendredi l’avant-projet de loi « Pour la liberté de choisir son avenir professionnel » qui doit réformer l’apprentissage, l’enseignement professionnel, l’assurance chômage, l’égalité professionnelle et le travail détaché.

La veille à Avesnes-sur-Helpe, Anne-Laure Cattelot, Députée La République En Marche ! sur la 12ième Circonscription du Nord, animait un atelier citoyen portant sur l’enseignement professionnel et l’apprentissage. Une soirée en présence d’une autre Députée de La République En Marche ! Valérie Petit de la 9ième Circonscription du Nord qui fait partie de la Commission des Affaires Sociales où le texte sera présenté pour un premier examen début juin. Entendre le terrain pour ensuite mieux débattre et amender l’avant-projet de loi, tel était l’objectif des Parlementaires. Des débats sans vernis, sans tabou ni détour, c’est le ton qu’elles souhaitaient donner à la soirée d’échanges. Autour de la table, des chefs d’entreprises, d’anciens apprentis, des représentants de centres de formation, représentants de la Chambre des Métiers et de l’Artisanat, de la CCI des Hauts-de-France, de l’UIMM, de la Fédération Française du Bâtiment Hauts-de-France. Une quarantaine de participants.

 

« L’apprentissage est une voie d’excellence », dans le salon d’honneur de l’hôtel de ville, tous en sont convaincus.  Reste à convaincre à l’extérieur. Car attirer les jeunes vers l’apprentissage, c’est une difficulté, explique Frédéric Watine, Directeur du CFA régional de Genech, il gère le CFA de Bavay qui forme aux métiers de la forêt : « Il faut casser l’image vieillotte de la voie de garage pour ceux qui sont en situation d’échec. L’apprentissage est une voie d’excellence. On est capable aujourd’hui d’emmener les jeunes du CAP au cycle Ingénieur. L’apprentissage, c’est une formation qui a des lettres de noblesse à faire valoir ».

Valérie Petit l’affirme : « L’apprentissage est très en retard en France ». Pourquoi ? Quelles filières pour l’enseignement professionnel et l’apprentissage de demain ? Anne-Laure Cattelot questionne l’assemblée : « Quelle est la complémentarité entre l’enseignement et les débouchés professionnels aujourd’hui ? Et la formation même des enseignants, sont-ils suffisamment connectés au monde du travail ? »

 

Comment lever les freins à l’apprentissage ?

Car il y a des freins, des aberrations même : un apprenti en électricité qui ne peut pas mettre en tension une installation électrique, des apprentis maçons qui en centre de formation, apprennent à faire du béton avec du sable uniquement, faute de ciment, de moyens, explique Thierry Collet Secrétaire Général de la Fédération des Entreprises du Bâtiment de la Région Hauts-de-France, un apprenti en cuisine qui ne peut pas accéder à la hotte aspirante, explique Christophe Dovergne, Restaurateur et Professeur de cuisine au lycée hôtelier Jessé-de-Forest.

Directeurs de Centres de formation et Chefs d’entreprises réclament de la simplification, l’assouplissement sur la règlementation des apprentis de moins de 18 ans, la relance les classes préparatoires à l’alternance qui ont disparu (ce que prévoit le projet de loi), la valorisation du Maître d’apprentissage, une meilleure visibilité de l’offre de formations ou encore une meilleure rémunération de l’apprenti sans augmenter la charge sur les entreprises.

Quels sont les freins à l’apprentissage ? Quelles sont les demandes des enseignants et des entreprises ? Quelles sont les propositions parlementaires ? Ecoutez ci-dessous l’interview

 

Que prévoit l’avant-projet de loi sur l’apprentissage ?

  • La limite d’âge portée de 25 ans à « 29 ans révolus », une mesure déjà appliquée en Région des Hauts-de-France
  • Le temps de travail maximum de l’apprenti mineur, porté de 35 à 40 heures/semaine
  • En cas de rupture du contrat, suppression du passage obligé devant les Prud’hommes pour licencier l’apprenti. L’apprenti pourra démissionner, après une médiation
  • Les Régions devront assurer des actions d’information sur les métiers et les formations pour faciliter l’orientation des candidats à l’apprentissage.
  • Création d’une aide unique dont le montant sera fixé par décret, pour les entreprises de moins de 250 salariés qui accueillent et forment des apprentis. Une aide unique qui remplacera 3 aides et un crédit d’impôt.

 

Le projet de loi « Pour la liberté de choisir son avenir professionnel » sera débattu dans l’Hémicycle courant juin prochain.

L'émission "L'invité de la Rédaction" sur Canal FM sera consacrée ce jeudi à ce sujet : "Quel apprentissage pour demain ?" (Diffusion : 12h30 / 19h et PodCast)